La complexité de la
course aux financements
et leur gestion
Cette histoire fait partie du guide "L’accès aux ressources pour les groupes et mouvements dirigés par des jeunes: Un guide de réflexion destiné aux donateurs et membres d’organisations de jeunes". Vous pouvez écouter et/ou lire l'histoire d’Amanda ci-dessous ou aller directement aux exercices proposés pour les donateurs ou à ceux pour les groupes et mouvements dirigés par les jeunes.
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Le parcours d’un activiste
La scolarité de Dumi en Afrique du Sud a transformé sa perception de l’injustice. L’exposition à une société civile plus dynamique et à une riche histoire d’activisme contrastait alors avec celle du Botswana, beaucoup plus conservateur. Le mouvement contre le gouvernement de l’apartheid, le soulèvement des jeunes en 1976, les actions post-1994 pour l’égalité des droits des personnes LGBTQI+ ainsi que la mise à disposition d’un traitement antirétroviral gratuit pour endiguer l’épidémie de VIH/SIDA ont permis de créer un espace d’engagement et d’amélioration de la participation citoyenne pour la communauté LGBTQI+.
Ce n’est qu’à son retour au Botswana que Dumi a pris conscience des injustices subies par les minorités sexuelles et les femmes dans son pays. Dumi avait été victime de mauvais traitements dans sa jeunesse, mais n’avait pas su comment réagir et s’y retrouver dans ses expériences liées au genre, à la sexualité et plus généralement à la vie. Dumi est désormais animé par le désir de mettre fin à la normalisation de la souffrance et des préjudices infligés aux minorités sexuelles au Botswana.
Dumi a commencé à faire du bénévolat dans de grandes OSC tout en travaillant dans le secteur privé. En tant que bénévole dans un collectif de jeunes, Dumi a trouvé difficile de se faire entendre et de trouver du soutien. Par exemple, Dumi voulait organiser le tout premier événement de la fierté locale au Botswana. De nombreux membres de la communauté allaient participer à la Johannesburg Pride et Dumi a décidé d’en organiser une pour celles et ceux qui n’avaient pas les moyens d’aller en Afrique du Sud. Bien qu’un soutien logistique était prévu, le collectif de jeunes a dû se charger de l’organisation et de la gestion de l’événement le jour même. Les dynamiques et politiques de pouvoir ont permis la création d’un blog de sensibilisation (PinkAnatomyBW) et, par la suite, de Success Capital : une OSC de base qui aide les jeunes minorités à passer de la survie à la réussite. Success Capital aspire à devenir la principale source d’information pour les jeunes LGBTQI+ en Afrique Australe Anglophone.
Course aux financements - les organisations de jeunes sont-elles vouées à l'échec ?
Dumi a relevé le défi de financer le projet de Success Capital et pour ce faire passait au moins deux heures par jour après le travail à rechercher des subventions et à les solliciter. Dumi n’arrivait pas à faire en sorte que la manière dont les théories de changement visant à améliorer la vie des jeunes minorités s’inscrive dans le cadre d’une année de travail ;
Pour subvenir à leurs besoins, un grand nombre de jeunes activistes prennent un emploi à temps partiel ou à temps plein. Cependant, si cela permet de garantir une certaine stabilité financière, cela peut également empêcher les jeunes de disposer de suffisamment de temps pour leur engagement citoyen

se demandant comment les cadres logiques proposés pouvaient aider à anticiper l’impact ou la contribution de Success Capital au changement de la société et à la transformation des individus. Quelles étaient les bonnes mesures à prendre pour passer de la survie à la réussite ?
Les efforts de Dumi n’ont abouti, quand les destinataires prenaient la peine de répondre ce n’était que des courriels de refus.
Dans sa recherche de financements, Success Capital était en concurrence avec d’importantes organisations nationales et régionales. Alors que les possibilités de subventions se multipliaient, Dumi ressentait de plus en plus de frustration, celle-ci étant générée par ce même processus de recherche de financement. La plupart des subventions étaient limitées à la lutte contre le VIH/SIDA, la principale source de financement des organisations dirigées par des minorités.
En s’engageant auprès de la communauté LGBTQI+ tout en menant son travail de recherche universitaire sur le développement organisationnel au sein des organisations dirigées par des minorités, Dumi a constaté des hauts degrés de toxicité et d’abus de pouvoir au sein de la société civile. Ses pairs souffraient de problèmes de santé mentale et ne disposaient d’aucun soutien fiable, que ce soit au sein ou en dehors de la société civile. Pourtant, les propositions de projets sur ces questions n’ont jamais été retenues dans les offres de subventions.
Les notes de synthèse de Success Capital sur l’encouragement de l’activisme, la préservation des connaissances et la lutte contre le chômage au sein des jeunes minorités n’ont pas non plus été retenues. Par exemple, Dumi s’est demandé comment des personnes non binaires vivant avec le VIH/SIDA pouvaient gérer leur vie d’adulte tout en vivant dans la pauvreté. Les appels à propositions semblaient trop restreints, ne tenant pas compte de la complexité de l’expérience de ces personnes.
Success Capital a continué à fonctionner avec peu de ressources. En cinq ans, seules deux propositions de subvention ont été retenues – l’une concernant le VIH/SIDA et l’autre la santé et les droits sexuels et reproductifs.
Dans le secteur de la société civile, il y a des personnes qui fonctionnent comme des gardiens ou des contrôleurs d’accès à quelque chose, dans ce cas, à des informations et ressources. Ille souligne la perception selon laquelle certaines personnes ou organisations connaissent les possibilités de financement et y ont accès, tandis que d’autres en sont exclues
Bien que des bénévoles se soient associés aux projets, la disponibilité et les compétences étaient des défis récurrents. Dumi a dû assurer la pérennité des finances, du suivi et de l’évaluation, de la mise en œuvre des projets, du reporting et de la gestion des parties prenantes, entre autres, tout en travaillant à plein temps et en navigant habilement dans la sphère politique de la société civile et des mécanismes de contrôle d’accès à l’information et aux ressources.
La passion et les contributions ponctuelles des autres bénévoles ne permettaient pas à elles seules d’aller plus loin : le financement était limité aux activités du projet, il n’y avait pas de rétribution pour les bénévoles et les membres du conseil d’administration avaient des engagements professionnels divergents.
La formation des volontaires nécessite des investissements en termes de temps et de moyens financiers que les subventions ne couvrent que très rarement.
Cette cohabitation des rôles d’organisation, de collaboration avec d’autres personnes, d’études à temps partiel, tout cela sans aucune structure de soutien, a conduit à plusieurs crises, déceptions et tensions sur le plan personnel et professionnel. Il était clair pour Dumi que certains aspects de sa vie devaient être remis en question.
Exercices pour les donateurs, les partenaires et les facilitateurs
Recherche des secteurs sous-financés
¿Cómo puedes aprender a involucrarte mejor con esas áreas que reciben poco financiamiento? Para hacerlo, podrías tener que aprender a distinguir las tendencias, necesidades e ideas emergentes.
Comment mieux atteindre les secteurs sous-financés ? Pour ce faire, vous devrez peut-être apprendre à détecter les nouvelles tendances, les besoins naissants et les idées émergentes.
S’appuyant sur différentes théories du changement social, Doug Reeler (2007) suggère que lorsqu’on souhaite soutenir le changement social, avant de se demander « comment changer les choses ? », il est utile de se demander « comment les choses sont-elles déjà en train de changer? »
Après avoir pris le temps de passer en revue les divers types de changements sociaux, vous pouvez vous pencher sur ces questions :
• Comment les ressources que vous leur apportez peuvent-elles améliorer leur travail permanent en faveur du changement social ?
• Comment pouvez-vous ajuster votre vision du changement à la leur ?
Réflexions relatives à la concurrence
Comment votre institution prévient-elle la concurrence entre les groupes et mouvements de base dirigés par des jeunes et certaines OSC mieux implantées, plus importantes et à dimension internationale ?
Comment pouvez-vous encourager des OSC mieux implantées, plus importantes et à dimension internationale à travailler en partenariat avec des groupes et des mouvements de base dirigés par des jeunes ? Par exemple, en encourageant la formation de partenariats ou de consortiums multipartites dans lesquels les petites organisations sont reconnues et peuvent faire entendre leur voix .
Soyez attentif aux mécanismes de pouvoir et réfléchissez à la manière dont vous pouvez aider les organisations de jeunesse à s’épanouir dans un contexte concurrentiel. Vous pouvez également élaborer conjointement avec différents acteurs de la société civile des accords qui prévoient des mesures détaillées sur la manière de soutenir des mécanismes de pouvoir favorables et d’éviter la cooptation.
Réfléchissez aux secteurs dans lesquels votre argent et vos ressources seraient les plus utiles
Y a-t-il des sujets ou des domaines en rapport avec la mission de votre organisation qui vous passionnent mais qui sont sous-financés ? Comment pouvez-vous faire en sorte que votre soutien s’adresse à des groupes et des mouvements qui sont globalement sous-financés et peu attractifs ?
Que pouvez-vous faire pour éviter de tout faire rentrer dans le même moule ? Par exemple, dans le cas de Dumi, comment éviter de tout faire passer par le biais du financement de la lutte contre le VIH/SIDA, qui non seulement exclut d’autres approches, mais risque de dénaturer les activités afin de bénéficier d’un financement ?
Comment pouvez-vous adapter votre soutien au travail des organisations de jeunesse qui sont les premières sur le terrain plutôt que de les forcer à s’adapter à votre programme de soutien ?
Penchez-vous sur l’analyse de Doug Reeler concernant les différents types de changement social. Comment pouvez-vous développer un programme de soutien qui encourage un changement véritablement transformateur ? Qu’est-ce que cela impliquerait de repenser les exigences en matière de reporting, de responsabilité et autres pour le groupe de jeunes soutenus ?
Exercices pour les groupes et mouvements dirigés par des jeunes
Soutien sur le terrain en matière de santé mentale

Il s’agit d’une pratique utile qui peut être effectuée individuellement ou en groupe sous forme d’examens.
Ces examens sont une invitation à se demander : « Qu’est-ce qui se passe en moi en cet instant ? ». La version la plus simple est un bulletin météo : « Est-ce que je me sens ensoleillé ? Orageux ? Nuageux ? Brumeux ? »
Une fois cet examen réalisé, vous pouvez trouver une expression qui décrit ce que vous ressentez. Le fait de vous observer peut également vous aider à identifier et à clarifier un besoin. Il peut s’agir d’écrire un journal intime, de pratiquer des activités conscientes telles que la méditation, la peinture ou sortir se promener.
Ces examens peuvent également être collectifs. Chaque membre du groupe peut partager ses sentiments tandis que les autres s’engagent dans une écoute active. Ce faisant, veillez à ce que chaque personne puisse prendre la parole.
Une fois fait, le groupe peut décider de prendre certaines mesures pour répondre aux besoins de chaque individu.
Pour vous inspirer, vous pouvez consulter les exemples partagés par Ember, un projet de promotion des soins de base en matière de santé mentale à la base. Les ressources de Extinction Rebellion sont également très utiles.
Autres histoires et exercices
Avez-vous fait l’un des exercices précédents ? En quoi l’histoire de Dumi vous a-t-elle conduit à envisager différemment votre rôle de donateur ou d’organisateur ? Faites-nous part de vos réflexions en écrivant à youth@civicus.org.
Ces exercices et histoires, ainsi que d’autres, sont disponibles dans la version pdf du guide « L’accès aux ressources pour les groupes et mouvements dirigés par des jeunes. Un guide de réflexion destiné aux donateurs et membres d’organisations de jeunes”

