Elena

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en partenariat

Elena
Foro Juvenil de Izquierda, Pérou

Cette histoire fait partie du guide "L’accès aux ressources pour les groupes et mouvements dirigés par des jeunes: Un guide de réflexion destiné aux donateurs et membres d’organisations de jeunes" Vous pouvez écouter et/ou lire l'histoire d'Elena ci-dessous ou aller directement aux exercices proposés pour les donateurs ou à ceux pour les groupes et mouvements dirigés par les jeunes.

Elena vit avec sa mère et sa sœur à Lima, la capitale du Pérou. Après avoir obtenu son diplôme, elle a accepté un emploi à plein temps dans une entreprise de marketing. En y repensant, elle dit que ce travail lui  » tuait l’âme » parce qu’il n’était pas cohérent avec ses valeurs.

Aujourd’hui, Elena se considère comme une militante politique. Elle est active au sein d’un collectif appelé Foro Juvenil de Izquierda : ses membres travaillent à la mobilisation politique des jeunes pour garantir des conditions de travail dignes et promouvoir l’autonomisation des femmes et des jeunes au Pérou. Les membres du collectif coordonnent des campagnes politiques et des programmes éducatifs avec des jeunes femmes et des groupes de travailleurs. Le collectif travaille en tirant parti de sa légitimité sociale. Il est informel et non enregistré.

Cette histoire raconte comment le travail de son collectif et ses moyens de subsistance individuels ont été rendus possibles par un partenariat non traditionnel avec Oxfam.

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Construire un partenariat avec Oxfam et les mouvements sociaux

En 2015, le Fonds Monétaire International a organisé une conférence à Lima pour discuter du « miracle économique » péruvien. Les mouvements sociaux dirigés par des jeunes au Pérou ont été consternés : les politiques économiques mises en œuvre par le gouvernement péruvien avaient aggravé les inégalités. Selon eux, il n’y a pas de miracle dont on puisse se vanter. Les mouvements sociaux ont organisé un événement progressiste alternatif sous l’hashtag #EnOctubreNoHayMilagros (#InOctoberThereAreNoMiracles).

Cette année-là, dans le cadre de sa mobilisation politique sous le slogan #EnOctubreNoHayMilagros, Elena et ses collègues du Foro Juvenil de Izquierda ont fait la connaissance de certaines personnes du conseil technique d’Oxfam, qui ont également participé à la mobilisation politique en tant qu’ activistes. Pendant la manifestation, ils ont commencé à travailler côte à côte.

Dans le cadre du mouvement, Oxfam et d’autres organisations ont créé des espaces pour rassembler professionnels de la recherche, activistes, journalistes, mouvements sociaux et OSC (Organisations de la Société Civile) afin de créer un programme politique pour promouvoir le développement social au Pérou. Ce programme a été comparé à ceux des personnalités politiques candidates à la campagne présidentielle de 2016 afin de mieux faire connaître les politiques présentées.

Ce travail a abouti à la création d’une plateforme numérique, actua.pe, conçue pour surveiller l’alignement des candidats politiques sur le programme politique exigé par les mouvements sociaux.

La collaboration du Foro Juvenil de Izquierda avec Oxfam sur ce programme a permis de renforcer les relations entre les deux organisations.

Oxfam avait l’expérience de l’acheminement de ressources au Pérou par le biais d’organisations qui s’adressaient aux jeunes en tant que bénéficiaires. À ce stade, ils cherchaient un mécanisme différent pour travailler avec les jeunes et ont réalisé qu’il y avait une opportunité de travailler avec les mouvements sociaux.

De ce fait, les questions que le Foro Juvenil de Izquierda et Oxfam ont explorées ensemble étaient les suivantes.

– De quoi les mouvements sociaux ont-ils besoin pour faire avancer leurs programmes ?
– Que peut offrir Oxfam pour soutenir les mouvements sociaux ?

En répondant à ces questions, Foro Juvenil de Izquierda et Oxfam ont pu identifier un programme commun.

Oxfam s’est concentré en priorité sur la lutte contre les inégalités. Les deux entités ont eu un meilleur accès aux ressources, y compris à des recherches approfondies sur le sujet. Parallèlement, pour pouvoir être plus légitimes dans leur travail, les jeunes activistes avaient besoin de données, d’informations, de recherches et de formation.

Cela a conduit à la création des labos actua.pe, des ateliers de formation pour les jeunes militants, qui ont été dirigés par quatre collectifs et Oxfam au Pérou, travaillant côte à côte. Le projet a été financé par Oxfam Québec.
Ensemble, ils ont conçu un modèle de travail horizontal et ont finalement lancé une école politique. Les caractéristiques du modèle qu’ils ont co-conçu sont les suivantes :

Valeurs partagées

La relation est entièrement basée sur des idées et des points de vue politiques partagés. Ces valeurs partagées ont été construites avec le temps et le soin nécessaire, en commençant par de petites initiatives, comme l’organisation d’ateliers, qui leur ont permis de très bien se connaître.

Contexte et flexibilité

En gardant à l’esprit les objectifs plus larges, le partenaire local est en mesure de contextualiser le travail et est encouragé à adapter le contenu, les dates, les modes d’évaluation et de suivi en fonction des besoins.

Débat

Tous les partenaires sont capables de discuter avec audace et aussi avec respect de chaque sujet afin de parvenir à un accord qui, dans la mesure du possible, satisfera tous les partenaires.

Honnêteté et transparence

Il est communément admis que le fait d’ignorer la différence de pouvoir entre les partenaires est préjudiciable à un partenariat : il est plus difficile de remédier au déséquilibre des pouvoirs lorsqu’il s’agit de prendre des décisions. L’alliance est caractérisée par l’honnêteté en ce qui concerne les contraintes budgétaires, les positions politiques et les limites du partenariat.

Bonté et respect

Les partenaires se traitent mutuellement avec soin et attention, en se rappelant qu’ils sont des êtres humains. Dans un souci d’horizontalité, chaque partenaire est respecté pour ses propositions, ses idées, ses opinions et ses initiatives.

Le projet est entièrement partagé. Cela signifie que :

  • Ce qu’ils créent ensemble appartient aux deux organisations, sauf accord préalable pour une raison stratégique quelconque, et il y a une liberté d’utilisation et de partage selon des valeurs communes.
  • Les partenaires ont un accès illimité aux ressources non financières, telles que les contacts, la littérature, les matériaux, les contenus médiatiques et les espaces physiques et virtuels.
  • Le leadership est partagé. Tout membre peut parler et partager des opinions en public ou en privé sur les projets ou les initiatives ; cela est activement encouragé.
  • ous les logos des membres du partenariat sont présents dans la plupart des documents. Dans ce cas, Oxfam a tendance à ne pas avoir trop de leadership visuel, ce dont le Foro Juvenil de Izquierda est reconnaissant, car cela leur permet de savoir que le projet et ses objectifs sont plus importants que la publicité pour le partenaire.
  • Les budgets sont mis à disposition de manière transparente. Tous les partenaires sont responsables.

Elena s’est impliquée dans les laboratoires et dans « L’Ecole de la Protestation à la Proposition », une école politique de niveau national dirigée par le Foro Juvenil de Izquierda en partenariat avec Oxfam, en travaillant comme consultante pour faciliter les ateliers de formation politique et gérer les communications. Cela lui a permis de recevoir un revenu de base pour soutenir son travail politique.

Cependant, le cycle de financement du projet est sur le point de s’achever et Elena ne sait pas comment elle pourra continuer à gagner sa vie.

Souvent, les jeunes militants et organisateurs travaillent pendant des années comme bénévoles, sans gagner un revenu. Cela peut conduire à l’épuisement et à la fatigue. Au fil du temps, il est essentiel de garantir les revenus des personnes impliquées dans la société civile pour assurer la durabilité d’un projet.

Exercices pour les donateurs, les partenaires et les facilitateurs

Le « mot p »

Pour Elena, le travail politique est important. Elle pense que le travail de changement social le plus significatif ne peut pas se dérouler dans le cadre de projets quantifiables à court terme.

• Qu’en pensez-vous ? Quel est le point de vue de votre institution sur le financement du travail politique mené par les jeunes et visant le changement ? Engagez une discussion avec votre équipe pour clarifier votre position sur le soutien au travail politique mené par les jeunes.

• Dans quelle mesure vous sentez-vous à l’aise pour participer à des mouvements en tant qu’individus associés à des organisations plus importantes ou plus établies ? Comment naviguez-vous, négociez-vous et articulez-vous votre participation aux mouvements sociaux ?

Exercices pour les groupes et mouvements dirigés par des jeunes

Quels sont nos objectifs ?

Afin de construire une alliance, Foro Juvenil de Izquierda a pu identifier un programme commun avec Oxfam au Pérou et articuler leur collaboration sur un objectif commun. Cela nous rappelle que notre travail ne se fait pas de manière isolée. Nous pouvons concentrer notre travail et développer une méthodologie spécifique, mais nous contribuons à des objectifs plus importants que d’autres organisations, groupes et institutions poursuivent.
Rédigez une déclaration sur la contribution de votre travail. Soyez aussi précis que possible.

Par exemple, voici la déclaration du Foro Juvenil de Izquierda :

Nous cherchons à construire un programme complet pour changer la société. Nous visons un programme progressiste, qui unifie les luttes pour la justice sociale avec une approche intersectorielle. Ce programme devrait nous permettre de faire face à la structure économique qui est à l’origine de l’inégalité économique et qui, en même temps, aggrave d’autres inégalités historiques telles que l’inégalité entre les sexes et la justice climatique. Dans le cadre de cette nouvelle proposition de société, où toutes les voix doivent être entendues, les jeunes et les femmes ont un rôle crucial à jouer en tant que partie active, critique et déterminée de l’ensemble de la société au Pérou, dans la région et dans le monde.

Construire des partenariats

• Une fois que vous avez rédigé la déclaration, identifiez un à trois thèmes auxquels vous contribuez, tels que la justice environnementale ou l’éducation des filles. Dressez une liste de cinq à dix institutions qui travaillent sur des objectifs similaires.

•  L’histoire d’Elena nous apprend que la construction de relations requiert du temps et de la patience. Quels sont les espaces auxquels vous pourriez participer et les premiers pas que vous pourriez faire pour interagir avec certaines de ces institutions ?

• Quelles sont vos craintes et vos préoccupations quant à la création d’un partenariat avec une institution plus établie ? Faites la liste de toutes vos craintes et préoccupations. Faites une liste de questions que vous pouvez explorer avec vos partenaires potentiels afin de répondre à certaines d’entre elles.

Avez-vous fait l’un des exercices précédents ? En quoi l’histoire d’Elena vous a-t-elle conduit à envisager différemment votre rôle de donateur ou d’organisateur ? Faites-nous part de vos réflexions en écrivant à youth@civicus.org.

Ces exercices et histoires, ainsi que d’autres, sont disponibles dans la version pdf du guide « L’accès aux ressources pour les groupes et mouvements dirigés par des jeunes. Un guide de réflexion destiné aux donateurs et membres d’organisations de jeunes”