Les défis générés par les
exigences des donateurs et les
initiatives génératrices de revenus
Priscilla (elle)
Youth Harvest Foundation, Ghana
Cette histoire fait partie du guide "L’accès aux ressources pour les groupes et mouvements dirigés par des jeunes: Un guide de réflexion destiné aux donateurs et membres d’organisations de jeunes". Vous pouvez écouter et/ou lire l'histoire d’Amanda ci-dessous ou aller directement aux exercices proposés pour les donateurs ou à ceux pour les groupes et mouvements dirigés par les jeunes.
Priscilla est la directrice générale de Youth Harvest Foundation Ghana (YHFG), une organisation de jeunesse de la région du nord-est du Ghana qui soutient le développement personnel et professionnel des jeunes. L’organisation existe depuis 17 ans et s’est forgé une bonne réputation, en particulier en ce qui concerne le soutien aux jeunes femmes et l’éducation aux droits sexuels et reproductifs.
Il y a un an, Priscilla est devenue la nouvelle directrice de YHFG. Dans ce récit, elle nous parle de la stratégie de financement de l’organisation et nous fait part de ses réflexions sur sa viabilité future.
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Priscilla partage ce qu'elle ressent face aux restrictions imposées par les donateurs quant à l'utilisation des biens
Au fil des ans, la personne qui m’a précédée a appris à négocier nos besoins spécifiques et à établir des relations transparentes avec les donateurs. Nous avons encore quelques défis à relever. Pour moi, certaines situations sont très frustrantes.
Par exemple, récemment, nous avons pu acquérir une voiture dans le cadre d’un projet avec un donateur multilatéral. Cela a été très utile étant donné que nous travaillons dans des zones rurales, où l’accès aux transports est limité.
Un groupe local de jeunes que nous soutenons et avec lequel nous collaborons a proposé d’organiser régulièrement des cercles de femmes autour de la santé sexuelle dans une communauté rurale isolée et difficile d’accès. Les jeunes filles de cette communauté bénéficieraient grandement de cet espace de réflexion. Le groupe de jeunes est également très enthousiaste à l’idée d’acquérir de l’expérience et d’entrer en contact avec une communauté qui se trouve à cinq heures de route. Le groupe nous a demandé de participer aux frais de transport et nous a proposé de payer le carburant si nous mettions la voiture à leur disposition. Le problème est que le donateur n’a pas accepté que la voiture soit utilisée pour d’autres projets que ceux qu’il parraine.
Les groupes et mouvements dirigés par des jeunes relatent qu’ils sont souvent confrontés aux restrictions qui accompagnent l’accès aux subventions.

Je n’ai pas réussi à négocier avec le donateur. Son argument est que si nous l’utilisons pour d’autres projets, le véhicule tombera en panne plus fréquemment et cela augmentera donc le coût des réparations avant le terme du projet qu’il finance.
Je ne sais pas comment gérer la situation car je n’ai pas de fonds non affectés dans le budget. Nous avons une voiture, et nous ne pouvons pas l’utiliser.
YHFG lance de petites initiatives pour générer des revenus
Quatre-vingt-quinze pour cent du travail que nous faisons est financé par des subventions. Toutes les subventions sont destinées à des projets spécifiques ; nous n’avons pas encore réussi à obtenir un financement de base. Je pense qu’à l’avenir, l’accès aux subventions deviendra de plus en plus aléatoire. Notre équipe et notre conseil d’administration ont réfléchi à la manière d’augmenter le montant des ressources que nous pouvons générer nous-mêmes. Mais ce n’est pas facile, surtout quand on travaille dans une zone rurale où les gens ont peu de revenus. Voici quelques-unes des expériences que nous avons menées jusqu’à présent:
Un centre de ressources informatiques et un café
Nous avons récemment ouvert un café où nous vendons des smoothies de fruits frais. Il y a quelques années, nous avons réussi à installer un centre de ressources informatiques pour permettre l’accès à Internet dans cette zone rurale. Nous avons récemment obtenu un financement pour le moderniser afin de disposer d’une connexion internet plus rapide et d’une imprimante. Les gens entrent et peuvent utiliser les ordinateurs en échange d’une petite contribution. Ces deux initiatives génèrent un petit revenu pour l’organisation et offrent un service à la communauté à un prix accessible.
Centre de jeunesse
Nous gérons un centre de soutien scolaire pour filles qui accueille jusqu’à 50 filles qui bénéficient de six mois de cours de rattrapage afin de leur permettre de repasser leurs examens de fin d’études secondaires. Il s’agit de filles issues de zones rurales défavorisées qui, autrement, n’auraient pas pu poursuivre leurs études en raison de leur échec dans certaines matières. Nous leur proposons des enseignants, du matériel pédagogique, des repas et certains produits sanitaires.
Nous avions un partenaire étranger pour financer le centre, mais cette année ce dernier nous a fait savoir qu’il n’avait pas de fonds pour le soutenir. La communication a été bonne : ils nous ont dit qu’ils avaient besoin d’un an pour trouver des financements et qu’ils soutiendraient à nouveau le centre l’année prochaine. Néanmoins, cela nous a fait prendre conscience de notre dépendance vis-à-vis des donateurs.
Nous mettons en œuvre certaines stratégies dans l’espoir de rendre le centre plus autonome financièrement. Par exemple, nous avons un réseau d’anciennes élèves. Nous organisons chaque année une journée au cours de laquelle les anciennes bénéficiaires du programme se réunissent avec les élèves pour partager leurs expériences. Nos diplômées ont ainsi l’occasion de revenir sur leur parcours, et les jeunes élèves actuelles y trouvent une source d’inspiration.
Nous espérons qu’un jour ces filles réussiront et qu’elles seront disposées et en mesure de nous aider à assurer la viabilité économique du centre.
Exercices pour les donateurs, les partenaires et les facilitateurs
Proposez-vous un financement de base ?
Penser au-delà des subventions
YHFG prend peu à peu conscience qu’elle doit penser au-delà des subventions, mais elle n’est pas encore en mesure de poursuivre son travail avec les activités génératrices de revenus qu’elle a lancées.
Comment pourriez-vous soutenir les organisations dirigées par des jeunes pour qu’elles deviennent plus pérennes ?
Préparez quelques questions que vous pourriez poser à YHFG pour découvrir ce qui leur serait le plus utile.
Dans quelles mesures vos conditions sont-elles restrictives ?
Examinez et remettez en question vos restrictions en matière de subventions. Ces restrictions ont-elles des conséquences réelles et excessives ? Si oui, que faudrait-il faire pour revoir ou adapter ces restrictions ?
Exercices pour les groupes et mouvements dirigés par des jeunes
Construire des relations à long terme
Pour Priscilla, l’organisation d’événements avec les anciennes élèves est un moyen de continuer à nourrir les relations que l’organisation entretient avec les personnes qui sont passées par leur centre de jeunesse. En les associant à l’avenir du centre de jeunesse, YHFG espère également qu’elles deviendront les sympathisantes et donatrices de demain.
Faites une liste des partenaires de votre activité, y compris les personnes ayant collaboré avec vous par le passé et les organisations partenaires, avec lesquelles vous pourriez vous impliquer de manière plus significative. Qu’avez-vous à leur offrir ? Comment votre relation pourrait-elle se transformer au fil du temps ?
Faites une liste des meilleures et des pires relations que vous n’ayez jamais eues avec des donateurs. Qu’ont-ils fait ? Qu’avez-vous fait ?




Autres histoires et exercices
Avez-vous fait l’un des exercices précédents ? En quoi l’histoire de Priscilla vous a-t-elle conduit à envisager différemment votre rôle de donateur ou d’organisateur ? Faites-nous part de vos réflexions en écrivant à
youth@civicus.org.
Ces exercices et histoires, ainsi que d’autres, sont disponibles dans la version pdf du guide « L’accès aux ressources pour les groupes et mouvements dirigés par des jeunes. Un guide de réflexion destiné aux donateurs et membres d’organisations de jeunes”

